Café : immersion dans un atelier de cupping où les professionnels dégustent sans avaler

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Les cafés dits « de spécialité » ont bouleversé la pause-café : plus technique, plus exigeante, la dégustation se professionnalise et propose aujourd’hui des ateliers accessibles au grand public. Comprendre ces pratiques change la façon de choisir, préparer et apprécier sa tasse quotidienne — et peut transformer un simple rituel en expérience sensorielle maîtrisée.

Des mots comme fermentation, dégazage ou extraction ne relèvent plus exclusivement du laboratoire : ils décrivent des étapes précises du traitement du grain qui conditionnent l’arôme final. À Paris, des torréfacteurs et baristas multiplient les séances de cupping pour former des professionnels et éveiller les consommateurs à ces critères de qualité.

De la plantation à la tasse : pourquoi la méthode importe

Chez Coutume, une maison fondée par Tom Clarck, l’accent est mis sur les cafés notés par la Specialty Coffee Association — les fameux cafés de spécialité qui dépassent la barre des 80/100 sur les grilles d’évaluation. Ces scores garantissent une attention particulière portée à la variété, au traitement et à la torréfaction.

Sur le plan pratique, chaque détail compte : type de filtre, température de l’eau, temps d’infusion, et même la composition minérale de l’eau influent directement sur ce que vous percevez en bouche. Les professionnels rappellent que l’eau, composant majoritaire de la boisson, agit comme solvant et module l’expression des arômes.

Le protocole de dégustation

La séance se déroule de façon ritualisée. Le matériel choisi — ici une chemex — favorise une extraction douce qui met en avant le corps et les notes sucrées. Mais la recette est tout aussi déterminante que l’équipement.

  • Matériel : cafetière filtre (chemex, V60), moulin réglable, balance, bouilloire à température contrôlée.
  • Recette-type : ratio, température et temps calculés pour limiter l’amertume et révéler les arômes.
  • Qualité de l’eau : privilégier une eau filtrée ; trop chargée en minéraux (magnésium, calcium) modifie l’extraction.
  • Étapes : humidification initiale de la mouture pour dégazer, puis versements contrôlés jusqu’à l’écoulement final.

Concrètement, la méthode commence par une pré‑infusion : on humidifie la mouture avec un premier apport d’eau (approximativement trois fois la masse de café) pour libérer les bulles de dioxyde de carbone. Ensuite, on complète l’ajout d’eau : le filtrage complet doit s’achever rapidement — généralement en l’espace de deux minutes trente à deux minutes quarante‑cinq — afin d’éviter une extraction trop amère.

À la dégustation : origine et mode de traitement

Lors d’un atelier récent, trois cafés ont été servis : un Guama du Kenya et deux Colombiens — Philadelphia et Cristallina. Chacun présentait un profil distinct : corps, acidité et notes aromatiques varient selon l’origine, la variété et surtout le traitement du grain (lavé ou non, fermentation courte ou prolongée).

Le procédé dit « naturel » (ou non lavé) où la pulpe reste autour du grain pendant la fermentation apportera souvent des notes fruitées plus prononcées, tandis qu’un traitement lavé tend à donner une tasse plus nette et florale.

Contrairement au vin, le café ne gagne pas en complexité avec l’âge : les professionnels conseillent de le consommer dans les 12 à 18 mois suivant la récolte pour préserver sa fraîcheur aromatique.

Le geste du dégustateur

La dégustation active impose une technique : sentir, aspirer, évaluer la texture et la longueur en bouche. Les baristas comparent parfois la pratique à celle de l’œnologie — y compris l’habitude de recracher pour rester objectif sur une série d’échantillons.

Au‑delà de l’atelier, on retient plusieurs enseignements concrets pour le grand public : mieux choisir son grain, adapter la mouture au mode d’infusion et maîtriser la température et les proportions plutôt que d’accumuler du matériel onéreux.

  • Astuce maison : une cafetière Bodum ou une cafetière filtre classique, utilisée avec une mouture plutôt grossière, permet d’obtenir de bons résultats sans investir massivement.
  • Éviter l’eau très chlorée du robinet ; une carafe filtrante suffit souvent.
  • Conserver les grains à l’abri de l’humidité et de la chaleur, et les moudre juste avant l’infusion.

Verdict : participer à une séance de cupping n’est pas indispensable pour apprécier un bon café, mais c’est un outil précieux pour comprendre les facteurs qui façonnent la tasse. Pour les consommateurs curieux, c’est aussi un moyen simple d’apprendre à repérer la qualité et à adapter sa préparation quotidienne.

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